Discographie

Michael Jackson : album Invincible, le 30 octobre 2001

L’album Invincible, le dernier album studio du Roi de la Pop a 25 ans.

Sorti dans un contexte houleux – entre un artiste qui souhaite se consacrer davantage à sa vie de famille, un monde du disque qui change et surtout de vives tensions avec Tommy Mottola, le nouveau PDG du label Sony Music – l’album voit le jour, après de multiples reports, le 30 octobre 2001, quatre ans après l’opus Blood On The DanceFloor et des dizaines de chansons enregistrées.

Bien qu’il annonce dès 1998 avoir commencé à travailler sur un nouvel album, Michael Jackson s’investit difficilement dans ce projet : il ne compose que deux titres, Speechless et The Lost Children, mais en co-écrit tout de même douze autres.

Le chanteur fait appel au producteur en vogue Rodney Jerkins (et son équipe Darkchild, composée de son frère aîné Fred Jerkins III, de LaShawn Daniels et de Nora Payne), et retrouve Teddy Riley avec qui il avait déjà collaboré sur Dangerous. Il s’adjoint aussi les services de Dr Freeze, de Babyface, de R. Kelly, de Carole Bayer Sager (It’s The Fallin g in Love de l’album Off The Wall, We’ve Had Enough), de Notorious B.I.G. (à titre posthume)  ou encore du guitariste Carlos Santana. De grands noms qui ne réussiront pas à faire de l’album un gros succès, malgré des coûts colossaux de productions – 30 millions de dollars, un record.

Celui-ci réalise toutefois un beau démarrage et Michael accepte de participer à une campagne promotionnelle. Il apparaît ainsi le 30 août 2001 à l’ouverture de la bourse new-yorkaise du Nasdaq pour promouvoir le premier single de l’album, You Rock My World, sorti quelques jours plus tôt.

Une dizaine de jours plus tard, les 7 et 10 septembre 2001, sont organisés les concerts exceptionnels pour ses trente ans de carrière au Madison Square Garden, où tous les frères Jackson se retrouvent pour la première fois sur scène depuis 1984. Michael y interprétera pour la seule et unique fois sur scène You Rock My World. Ces shows seront pourtant éclipsés par un évènement tragique, les attentats du 11 septembre 2001 (à lire ici).

Bouleversé par ces attentats, Michael enregistre avec d’autres artistes le titre What More Can I Give (issu d’un projet datant de 1999) et organise le 21 octobre 2001 un concert de charité intitulé United We Stand: What More Can I Give au RFK Stadium de Washington (à lire ici).

Le 7 novembre 2001, Michael Jackson participe, pour la seule et unique fois de sa carrière, à une séance de dédicace au Virgin Megastore, de New York, son apparition sur Times Square provoquant l’arrêt de la circulation (à lire ici).

L’album sort en cinq coloris différents (rouge, bleu, jaune, vert et blanc) pour les deux premiers millions d’exemplaires vendus (un Cd promo violet, pour les radios, Michael Jackson’s A Taste of Invincible, existe aussi, avec six titres de l’album) devient numéro un dans plusieurs pays (France, Australie, États-Unis, Turquie, Canada, Royaume-Uni). Avec des sons RnB, pop et soul, l’opus de seize morceaux mélange des titres puissants, des ballades et des titres à portée humanitaire comme Michael sait si bien le faire.

Mais l’effervescence ne va pas durer et les problèmes relationnels entre Michael Jackson et Tommy Mottola vont avoir raison de la promotion d’Invincible. Ce dernier essayant de récupérer les parts du chanteur dans le catalogue Sony ATV, il remet systématiquement en question les choix artistiques de Michael. De son côté Michael refuse de partir en tournée, préférant privilégier sa vie de famille.

Seuls deux singles officiels – You Rock My World et Cry – et trois titres promotionnels –  Speechless, Butterflies et Unbreakable – aideront à atteindre les six millions d’exemplaires vendus, un bien maigre chiffre pour le Roi de la Pop.

La pochette de l’album

Le 3 juillet 1999, Michael Jackson est à Paris. Il a rendez-vous avec un jeune photographe, Arno Bani, dans son studio d’Issy-les-Moulineaux. Le shooting qui a lieu dans le plus grand secret doit permettre au Roi de la Pop de se créer une nouvelle image et d’obtenir un visuel pour la pochette du futur album. La séance photo dure deux jours, avec des clichés originaux que nous découvrirons seulement dix ans plus tard, Tomy Mottola s’opposant à leur utilisation.

Michael se tourne alors vers le photographe écossais Albert Watson, avec qui il avait déjà failli travailler pour la pochette de l’album Blood On The Dance Floor. Le chanteur souhaite s’inspirer de la photo Golden Boy que Watson a faite au début des années 90 pour le portrait qui servira à la pochette de l’album…

…  et des clichés de la série dite miroir de Jack Nicholson de 1998 pour une série de photos qui seront dans le livret du CD. L’une des photos sera aussi utilisée pour le single promo de Speechless.

La Tracklist et quelques anecdotes

Unbreakable (6 :26)

Le titre, le plus long de l’album, était initialement prévu pour être le premier single d’Invincible. Michael aimait ce titre qui évoque ses problèmes juridiques et personnels et il avait imaginé le short film qui devait l’accompagner (selon la rumeur, en collaboration avec les studios de George Lucas). Tommy Mottola en décidera autrement. Seul quelques CD promo seront envoyés aux radios.

Le rap de Notorious B.I.G. que l’on peut entendre à 3 :55 est tiré de la chanson You Can’t Stop the Reign de Shaquille O’Neil, sortie en 1996. Un hommage au rappeur assassiné en 1997. Les deux rappeurs avaient déjà collaboré avec MJ sur l’album HIStory, Shaquille O’Neal dans le titre 2Bad et Notorious B.I.G. dans This Time Around.

La chanteuse Brandy fait partie des chœurs.

Heartbreaker (5 :10)

Michael reprend sur ce titre un de ses thèmes fétiches, celui de la femme dangereuse qu’il a souvent exploité au cours de sa carrière.

Le pont rap est assuré par Fats, Norman Gregg, jeune rappeur inconnu, protégé de Rodney Jerkins.

Invincible (4 :45)

Le rappeur Fats est à nouveau présent sur la chanson titre de l’album qui décrit l’amour d’un garçon pour une fille qui ne se laisse pas conquérir.

Rodney Jerkins a expliqué que c’est la chanson de l’album qu’il a pris le plus de plaisir à enregistrer, la performance vocale de Michael l’ayant impressionné.

Une petite note est adressée au chanteur Prince dans les paroles de la chanson : « And he’s buying diamonds and pearls ; He can’t do it like me » – en référence à son album et son titre Diamonds and Pearls, en 1991.

Break of Dawn (5 :32)

Dr Freeze propose ce titre à Michael Jackson qui ne modifiera absolument rien avant de l’enregistrer. Le musicien avouera plus tard avoir été touché par l’interprétation de Michael. Les paroles sont pourtant assez « osées » dans la discographie du chanteur qui parle pour la première fois de « faire l’amour » dans une chanson.

Heaven Can Wait (4 :49)

Initialement prévu pour un album de Blackstreet, le groupe de Teddy Riley, ce dernier accepte de la laisser à Michael qui a immédiatement aimé la chanson lorsqu’il l’a entendue. C’est l’une des rares fois où Michael aborde le thème de la mort dans un titre. Dr Freeze est aussi présent dans les chœurs.

You Rock My World (5 :39)

Le premier morceau de l’album, enregistré en 1999 dans sa quasi-totalité, alors que Michael et Rodney Jerkins commençaient à travailler sur le projet Invincible,  sera aussi le premier single à sortir mi-août 2001, imposé par Tommy Mottola.

L’intro parlée durant laquelle Michael et le comédien Chris Tucker blaguent ensemble, sera enregistrée en 2001 alors que la chanson était finalisée.

You Rock My World sera accompagné d’un short film de treize minutes, le dernier où Michael apparait, et où il multiplie les clins d’œil et les références à sa propre carrière. La star renoue avec les plateaux de tournage pour interpréter un personnage mi-truand, mi-séducteur, aux côtés de Chris Tucker, dans un short film qui se veut aussi un hommage à la légende du cinéma  Marlon Brando, ami du chanteur, qui fait une apparition.

Butterflies (4 :40)

Le morceau est l’œuvre du duo anglais Floetry, composé de Marsha Ambrosius et Natalie Stewart. Les jeunes femmes seront présentes, à la demande de Michael, durant l’enregistrement de la chanson qui subira peu de modification par rapport à la démo.

Butterflies est une ballade amoureuse. « You give me butterflies inside » clame Michael, une expression romantique anglo-saxonne utilisée lorsque l’on est amoureux.

Le titre est diffué uniquement en radio à partir du mois de novembre 2001. Ce sera le dernier succès de Michael Jackson.

Speechless (3 :18)

Cette jolie ballade, le morceau le plus court de l’album, composée par Michael lui-même, est inspirée par des enfants qui jouaient. Le chœur d’Andrae Crouch vient sublimer la voix pure de Michael. Ce dernier aurait tenu à refaire de très nombreuses fois les passages où il chante a cappella.

Le titre est paru en single promotionnel uniquement en Corée du Sud.

2000 Watts (4 :24)

Le chanteur acteur et mannequin Tyrese Gibson, associé à Teddy Riley, est l’auteur de ce titre qui devait figurer sur son album du même nom, sorti en 2001. Mais Michael souhaite enregistrer le morceau qui évoque le quartier natal de Gibson, Watts, dans le sud de Los Angeles.

La signification des paroles est ambigüe, à double sens. Si on peut penser qu’il s’agit d’écouter de la musique très fort, la chanson sous entend aussi une relation sensuelle qui fait durer le plaisir jusqu’au plus au point.

You Are My Life (4 :33)

La chanson, la toute dernière enregistrée pour l’album, seulement quelques semaines avant sa sortie, est l’œuvre de John McClain, ami et collaborateur musical de Michael, et qui deviendra co-exécuteur testamentaire après sa disparition (John McClain est décédé en mai 2026). Elle remplace Shout qui est évincé au dernier moment.

D’abord intitulé You Are My World, Michael lui préfère le titre You Are My Life et demande à Babyface et Carole Bayer Sager de l’aider à compléter le morceau.

Si la croyance veut que Michael s’adresse à ses enfants (suite à l’utilisation du titre dans les Private Home Movies, diffusés en 2003, à lire ici), la chanson rend toutefois initialement hommage à l’amour qui nous (l’) accompagne au quotidien.

Privacy (5 :05)

Le morceau est l’un des premiers écrits pour l’album. Bouleversé par la mort de Lady Diana en 1997, Michael y dénonce l’acharnement des paparazzi.

Si par le passé, Michael dénonçait dans certains de ses morceaux les tabloïds et les rumeurs qu’ils diffusaient, avec ce titre, il demande aux paparazzi de le laisser tranquille (« I need my privacy, so paparazzi get away from me »). Michael fait allusion à Lady Diana et fait passer le message que sa mort devrait servir de leçon aux journalistes.

Michael souhaitait que Slash joue le solo de guitare du titre et on peut l’entendre crier « Slash » après le second refrain. Le guitariste ne pouvant se libérer, c’est finalement Michael Thompson qui le remplace. Le cri de Michael a malgré tout été gardé.

Don’t Walk Away (4 :25)

Encore une belle ballade romantique et mélancolique dont Michael Jackson a le secret, avec la participation dans les chœurs de Richard Carlton Stites qui a  proposé la demo à Michael. Le compositeur et producteur, découvert  par Teddy Riley, participe à la production du morceau.

Cry (5 :01)

Parmi les chansons proposées par R. Kelly pour l’album, Michael retient le titre Cry, un morceau dans la même veine solidaire que Man In The Mirror, Heal The World ou We Are The World, mais qui aura toutefois moins d’impact malgré le « Change The World » final.

Cry est le deuxième single de l’album, un choix de Tommy Mottola. Il sort le 5 décembre 2001, avec en face B, Shout, le titre, inspiré de la chanson de 1959 des Isley Brothers, qui a laissé sa place à You Are My Life sur l’album.

Cry est accompagné par un clip vidéo qui met en scène une longue chaîne humaine d’individus, de toutes ethnies et tous âges, qui se tiennent la main dans un décor de paysages naturels.

Michael Jackson n’a pas souhaité apparaître dans le short film (bien que des séquences étaient prévues avec sa présence à la moitié du clip), non pas à cause du conflit qui l’opposait à sa maison de disques à l’époque mais parce que, angoissé suite aux attentats du 11 septembre 2001, il n’aimait pas trop l’idée de se déplacer.

Cry reste l’un des singles et short films du chanteur les moins populaires, qui a subi les désaccords entre Michael Jackson et son label. Son absence dans le short film n’a sans doute pas aidé à la promotion. (à lire ici les influences du short film).

The Lost Children (4 :00)

Deuxième morceau intégralement composé par Michael, la chanson a failli ne pas faire partie de l’album, Tommy Mottola la jugeant inadaptée en raison de son thème. The Lost Children évoque en effet les enfants disparus, kidnappés et Michael souhaitait d’ailleurs inclure la photo de certains d’entre eux dans le livret de l’album. Le projet n’aboutira pas.

A la fin de la chanson, on peut entendre la voix des deux enfants de Michael, Prince et Paris Jackson, cette dernière étant mentionnée sous le nom de Baby Rubba dans les crédits, un surnom que Michael lui donnait.

Whatever Happens (4 :56)

Si la chanson, enregistrée avec Teddy Riley, entre 1998 et 2001, débute (et se termine) avec un sifflement qui rappelle les westerns américains, le morceau aux airs latino, soutenus par la guitare de Carlos Santa, parle des difficultés d’un jeune couple qui aurait fui leur famille.

Dans les dernières secondes du titre, on entend Michael Jackson et Santana se remercier mutuellement d’avoir contribué à la chanson. « Thank you Man, Thank you Carlos ». Les deux hommes n’ont cependant pas été en studio ensemble lors de l’enregistrement. C’est Teddy Riley qui s’est rendu au studio du guitariste mexicain pour enregistrer ses parties.

Threatened  (4 :19)

Pour ce titre, le Thriller d’Invincible, Michael Jackson et Rodney Jerkins se servent en intro, au milieu et en outro de la voix de Rod Serling, le créateur de la série The Twilight Zone (La quatrième dimension) des années 60. Les bandes sonores de plusieurs épisodes de cette série ont été utilisées.

Pour l’intro, il s’agit d’extraits de l’épisode 1 de la saison 3, diffusé en novembre 1961, It’s A Good Life (a) et de l’épisode 35 de la saison 5, diffusé en 1964, The Fear (b) (à partir de 2 :42)

« Tonight’s story is somewhat unique (a)
And calls for a different kind of introduction (a)
A monster had arrived in the village (a)
The major ingredient of any recipe for fear is the unknown (b)
And this person or thing is soon to be met (b)
He knows every thought, he can feel every emotion (a)
Oh yes, I did forget something didn’t I? (a)
I forgot to introduce you to the monster » (a)

Pour le rap de Rod Serling qui intervient au milieu de la chanson, plusieurs mots ou phrases de différents épisodes ont été assemblés.

Pour l’outro, les paroles de Rod Serling sont tirées de l’épisode 1 de la saison 4, diffusé en janvier 1963, In His Image. (à 4:50)

« What you have just witnessed could be the end of a particularly terrifying nightmare. It isn’t – it’s the beginning »

La chanson est dédiée à Rick Baker, l’homme derrière le maquillage de Michael pour le short film Thriller, « The Guru of Special Effects ».

Un morceau pour lequel Michael aurait sans nul doute envisagé un short film à l’image de Thriller ou de Ghosts, s’attribuant le rôle du monstre évoqué tout au long de la chanson.

Michael Jackson et Rodney Jerkins

Si Invincible n’a pas forcément trouvé son public en 2001 et qu’il reste l’album de Michael Jackson que les fans apprécient le moins, il contient tout de même de nombreuses pépites qui témoignent de l’envie d’un renouveau du chanteur et de son désir d’avancer avec son temps. Un désir qui sera malheureusement stoppé par son conflit avec Sony, qui prendra des proportions grandissantes dès le début de l’année 2002.

Certains titres à l’instar de Speechless et Threatened seront tout de même prévus pour être utilisés durant les concerts This Is It, en 2009.

Aujourd’hui, Invincible fête ses 25 ans. L’occasion de réécouter ces morceaux qui témoignent du génie qui animait toujours Michael Jackson quand il s’agissait de créer, d’autant plus, que pour cet anniversaire, l’album a été réédité et sera disponible à partir du 13 novembre 2026 en France en vinyle classique et gris marbré.

Sources: Livret de l’album Invincible/ Michael Jackson La Totale, Richard Lecocq, François Allard/ Magazine Black & White/ Wikipedia

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