Le Triumph Tour des Jacksons à Atlanta pour un concert caritatif, le 22 juillet 1981
Le 8 juillet 1981, The Jacksons lancent leur Triumph Tour, qui, pendant trois mois, sillonnera les Etats-Unis. Probablement une des meilleurs tournées des frères Jackson, à une époque où Michael Jackson, charismatique, commence à prendre son envol avec sa carrière solo, mais n’a pas encore tout à fait quitté les rangs du groupe familial.
Pour beaucoup de fans, les images du Triumph Tour restent, vingt-cinq ans plus tard, toujours aussi folles, malgré une qualité pas toujours au rendez-vous. L’énergie des frères sur scène donnera d’ailleurs lieu à un double album live, The Jacksons Live !, sorti en novembre 1981, un incontournable dans la discographie du groupe.



Parmi les concerts donnés au cours de cet été 1981, il en est un qui a toutefois une résonnance particulière, celui du 22 juillet, à l’Omni Coliseum d’Atlanta, en Georgie. Il ne s’agit pas d’une simple date au milieu de la tournée mais d’un concert caritatif, prévu depuis quelques mois, et qui fait suite à une actualité brûlante, un fait divers qui terrorise la capitale sudiste et qui fait aussi la une des médias américains : des meurtres en série d’enfants.
Les enfants disparus d’Atlanta
Atlanta, 1979. La métropole en pleine expansion, à majorité noire, est dirigée pour la première fois par un maire afro-américain, Maynard Jackson, élu cinq ans plus tôt, et fait figure de cité modèle dans le sud des Etats-Unis.
Pourtant, dès le mois de juillet, dans les quartiers les plus pauvres de la ville, des enfants, adolescents et jeunes adultes, principalement des garçons, sont portés disparus. Un à deux enfants par mois disparaitront entre juillet 1979 et mai 1981, étranglés, poignardés, asphyxiés, leur corps retrouvés plusieurs jours, semaines ou mois plus tard, souvent dans la Chattahoochee, un cours d’eau qui traverse la ville.
Au total, il y aura près de trente victimes, toutes des jeunes afro-américains, avant que ne soit arrêté un suspect, Wayne Williams, 23 ans, en juin 1981.
En février 1982, le jeune homme est condamné à une double peine de prison à vie pour deux des vingt-neufs meurtres. Au cours de son procès, dix autres homicides volontaires lui sont attribués sans aucune preuve formelle.
Wayne Williams, à l’époque jeune promoteur musical et photographe indépendant, clame son innocence. Mais il faut un suspect, un coupable. Au cours de ses neuf recours en appel, Williams affirme que les responsables d’Atlanta ont dissimulé des preuves de l’implication du Klu Klux Klan dans les meurtres pour éviter une guerre ethnique dans la ville, cette dernière baignant déjà dans un contexte racial tendu.
En 1985, après quatre ans d’enquête, l’écrivain afro-américain James Baldwin soulève des questions sur la réelle culpabilité de Williams dans son essai The Evidence of Things Not Seen, tout en interrogeant la responsabilité du peuple américain dans la place assignée aux Noirs.
En 2019, alors que Wayne Williams, toujours emprisonné, continue de clamer son innocence, Keisha Lance Bottoms, maire de la ville d’Atlanta, demande la réouverture de ces dossiers controversés et le réexamen des preuves à l’aide de la technologie ADN la plus récente, afin d’effectuer de nouveaux tests sur les échantillons récupérés à l’époque sur les scènes de crime. En décembre 2022, aucun résultat n’avait été rendu public, malgré les demandes des familles des victimes.
The Atlanta Children’s Foundation
Au cœur de ces affaires, les autorités municipales de la ville d’Atlanta décident d’agir sur deux fronts : l’enquête criminelle, bien sûr, mais également la mise en place de mesures de protection pour les enfants des quartiers les plus touchés, en leur proposant des activités encadrées pendant l’été et davantage de services sociaux.
C’est ainsi qu’est créée au printemps 1981 l’Atlanta Children’s Foundation, sous l’égide de l’organisme communautaire Economic Opportunity Atlanta, avec pour missions d’apporter un soutien psychologique aux familles, de développer et financer des programmes de loisirs pour les adolescents et des emplois pour les jeunes adultes et surtout d’aider à réduire le nombre d’enfants susceptibles d’être isolés dans les rues, considérés comme des cibles potentielles du ou des meurtriers.
Comme toute fondation, l’Atlanta Children’s Foundation a besoin de fonds. Et c’est de la part de nombreux artistes que ceux-ci vont arriver.
Car cette affaire d’enfants disparus à Atlanta remue l’Amérique.
En mars 1981, Frank Sinatra et Sammy Davis Junior sont les premiers à donner un concert pour lever des fonds qui permettront d’ aider à résoudre les meurtres. Parmi le public du Civic Center, les familles des victimes, invitées, et des stars comme Roberta Flack, Dizzie Gillespie ou Burt Reynolds, qui fait un don de 70 000 dollars, en plus des 140 000 dollars récoltés avec la soirée.
En juin 1981, le Kool Jazz Festival qui a lieu au Fulton County Stadium fait également don d’une belle somme tandis que des artistes comme Gladys Knight &The Pips sortent un album dont les bénéfices vont à la fondation.
Le 22 juillet 1981, deux ans après le passage de leur Destiny Tour au Omni Coliseum, les frères Jackson reviennent donc se produire à Atlanta pour un concert ayant une signification plus particulière et qui va permettre de faire un don de près de 100 000 dollars à la Atlanta Children’s Foundation.
Le Triumph Tour à Atlanta pour la bonne cause
Le concert des frères Jackson est annoncé au mois de mai 1981. « We’re doing this because we care », indique Michael en parlant au nom du groupe. CBS Records, leur label est aussi « ravi que les Jackson ait prévu un concert spécial pour une bonne cause. »


(à droite: article du magazine Jet du 14 mai 1981)
Plusieurs personnalités apportent leur soutien aux frères Jackson et annoncent leur présence dans le public le jour du concert, parmi lesquelles Kenny Rogers, Lionel Richie & the Commodores, Gladys Knight, Magic Johnson ou Coretta Scott King.
The Jacksons arrivent à Atlanta le 21 juillet. La ville est impatiente mais n’est pas préparée au chaos qui attend le groupe à l’aéroport.
Les fans sont en effet venus en nombre accueillir les cinq frères. Les médias locaux évoque la présence de 8000 à 10 000 personnes. Les autorités sont dépassées et les Jackson sont isolés dans une pièce de l’aéroport le temps que le calme revienne. Ce qui n’arrivera pas. Les frères sont alors obligés de grimper sur le comptoir d’une compagnie aérienne pour saluer les fans (et Michael en profite pour lancer son blouson) et éviter d’être pris au milieu de la foule.
Ils sont ensuite interviewés dans le véhicule qui les sort de l’aéroport. Loin d’être effrayés par ce qui vient de se passer, les frères expriment leur impatience pour le concert du lendemain. Seul Michael semble visiblement peu disposé à répondre aux questions !









Après une répétition dans la journée du 22 juillet, en fin d’après-midi, Michael Jackson demande à son photographe personnel, Todd Gray, de réaliser un photoshoot dans la suite de son hôtel dans le centre d’Atlanta (à lire ici).
Le soir, The Jacksons jouent à guichets fermés un show désormais rodé depuis quelques dates. Dans le public, plusieurs enfants de milieu défavorisé ont été invités par le groupe et découvrent les lasers et effets spéciaux du concert.










The Jacksons eux –mêmes avaient offert des billets à des fans qui se présentaient durant les répétitions !
Après le concert, lors d’une conférence de presse, le maire, Maynard Jackson, remet au groupe the City’s Gold Medal, la plus haute récompense attribuée par la ville, pour les remercier « au nom des enfants de la ville ». « You are special to us » dit-il en s’adressant aux frères.

Le groupe reçoit aussi de la part de Bob Carr (Willis The Guard), animateur de la station de radio WQXI/94Q, bien connu à Atlanta, The Recording Academy/Grammy – Atlanta Chapter Special Declaration, une distinction honorifique officielle du chapitre d’Atlanta de la Recording Academy, destinée à reconnaître la contribution artistique des Jacksons à l’industrie musicale et leur engagement humanitaire en faveur des enfants d’Atlanta dans le contexte qui régnait à l’époque.



Avant de regagner leur hôtel, The Jacksons remettent au maire d’Atlanta le chèque destiné à la Atlanta Children’s Foundation.






Les actions caritatives de Michael Jackson ne naissent pas avec ses tournées solo. Très jeunes, les frères Jackson ont participé à des évènements pour que leur nom aide à financer, lever des fonds pour des causes qui leur tenaient à cœur. Ils répondent une fois de plus présents avec ce concert particulier, un concert pour The Lost Children, comme un documentaire de 2020 les appelait.
The Lost Children, ces enfants du monde abandonnés, disparus, seuls,… une cause que Michael ne cessera jamais de plaider, d’aider, allant même jusqu’à la chanter en 2001. Un concert qu’il ne pouvait pas ne pas faire ce 22 juillet 1981.


Sources : Wikipedia/ themichaeljacksonarchives.com



One Comment
Nassera
super! merci encore à vous pour cette histoire méconnue pour nous. et pour ces belles images. MERCI.