En Amérique du Nord

Michael Jackson au National Museum of American History de Washington DC

Lorsque le Victory Tour des frères Jackson passe par Washington DC, en septembre 1984, Michael Jackson profite de son séjour dans la capitale américaine pour visiter le National Museum of American History.

Quelques mois plus tôt, en mai 1984, il avait déjà visité le National Air and Space Museum, alors qu’il était à Washington pour rencontrer le président Ronald Reagan à la Maison Blanche (à lire ici).

The National Museum of American History

 Le National Museum of American History de Washington fait partie des musées de la Smithsonian Institution, le plus grand complexe muséal, éducatif et de recherche au monde, avec vingt et un musées, quatorze centres d’éducation et de recherche et le zoo national.

La construction du musée national de l’histoire américaine débute à la fin des années 1950. Il ouvre ses portes au public en janvier 1964, sous le nom de Museum of History and Technology. Il s’agissait alors du sixième bâtiment du Smithsonian sur le National Mall de Washington, D.C.

En 1980, le musée prend son nom actuel afin de mieux représenter sa mission fondamentale : la collecte, la conservation et l’étude d’objets qui reflètent l’expérience du peuple américain.

En 2008, suite à une rénovation de deux années de la partie centrale du bâtiment, le musée, revêt son aspect d’aujourd’hui, plus moderne.

Le bâtiment imposant s’étend sur environ 70 000 mètres carrés, avec trois niveaux d’exposition et il offre un voyage fascinant à travers l’histoire américaine, avec des expositions qui incluent des artefacts emblématiques tels que le drapeau original américain, des objets ayants appartenus à des présidents (le chapeau qu’Abraham Lincoln portait le jour où il a été assassiné en avril 1865), des robes de Premières dames, un télégraphe de Samuel Morse, des locomotives, un téléphone Alexander Graham Bell, les gants de boxe de Muhammad Ali, des partitions de Duke Ellington et plus de 1,7 million d’objets et de 6 700 mètres linéaires de documents d’archives.

Photos: onmjfootsteps – visite de 2015

Un musée fascinant, d’autant plus que, comme tous les musées de la Smithsonian Institution de Washington, il est gratuit.

La visite de Michael Jackson en septembre 1984

Michael Jackson atterrit à l’aéroport international de Dulles à Washington DC, en provenance de Montréal (Canada), avec son avion privé, le mardi 18 septembre 1984, un peu avant midi. Les frères Jackson doivent se produire au Robert F. Kennedy Memorial Stadium dans le cadre de leur Victory Tour, les 21 et 22 septembre.

(Les  dates indiquées sur des sites comme Wikipedia ne sont pas exactes, les concerts à Montréal n’ont pas eu lieu les 17 et 18 septembre mais les 16 et 17 septembre, à lire ici).

Contrairement à ses frères qui s’installent au Hyatt Regency Crystal City, au sud de la ville, Michael a réservé une suite au cinquième étage du Regent Hotel (aujourd’hui le Westin Georgetown), près du quartier de Georgetown.

En soirée, Michael se rend au National Museum of American History pour une visite privée. Le musée a en effet accepté de lui ouvrir exceptionnellement ses portes de 20 heures à 22 heures pour que le chanteur puisse découvrir les différentes expositions. Michael est accompagné par Douglas Evelyn, le directeur adjoint du musée, et Ellen Hughes, une des conservatrices du musée, responsable de nombreuses expositions (c’est elle qui avait réussit à obtenir les gants de Muhammad Ali, remis par le boxeur lui-même en 1976).

La visite de Michael Jackson est très peu documentée, seul le Washington Post du 19 septembre 1984 l’évoque. Dans ses colonnes, une des porte paroles du musée explique la faveur accordée à la star car « c’est un citoyen qui ne peut voir ce que le musée a à offrir lors des heures habituelles d’ouverture. » (1)

Elle ajoute également que « Mr Jackson a été particulièrement impressionné par l’exposition sur le téléphone, l’exposition Eleanor Roosevelt, le Hall des instruments de musique, et les uniformes dans le Hall des Forces Armées. » (1)

Plusieurs photos prises durant la visite de Michael Jackson permettent toutefois d’en savoir un peu plus sur les expositions devant lesquelles il s’est attardé, en plus de celles mentionnées dans le Washington Post.

L’une des photos de Michael prise ce jour-là est bien connue. On le voit poser devant une photo de Martin Luther King, vêtu d’un pantalon noir, d’une veste noire à double boutonnage et ses célèbres mocassins. Il pourrait s’agir d’une photo de la galerie, très importante, qui se tenait au troisième étage du musée, intitulée We The People – qui reprend les mots qui commencent  la constitution américaine – consacrée  l’histoire du peuple américain et de sa relation avec le gouvernement. L’exposition qui s’y tenait alors n’était pas spécifiquement consacrée au dirigeant noir américain mais le problème des droits civiques y était abordé. L’année précédente, une exposition temporaire, March on Washington, célébrant le  20ème anniversaire de la célèbre marche de 1963 pour les droits civiques, avait été installée  à l’entrée de l’exposition We The People.

Lorsque l’on connait l’intérêt de Michael Jackson pour les présidents américains (à lire ici), il n’est pas étonnant qu’il ait voulu poser devant le portrait de Benjamin Franklin. Bien que ce dernier n’ait jamais été président, il est l’un des Pères Fondateurs du pays et a notamment participé à la rédaction de la Déclaration d’Indépendance, dont il est l’un des signataires, en 1776, et à l’élaboration de la Constitution des États-Unis en 1787.

Toutefois si la première photo, devant le portrait de Benjamin Franklin, avec un costume rouge, l’un des portraits les plus célèbres de Franklin, réalisé en France en 1778 par l’artiste Joseph Siffred Duplessis (il s’agit toutefois ici d’une copie), a sans doute été prise dans l’exposition We The People (on aperçoit derrière Michael un mannequin représentant un personnage de l’époque coloniale), l’autre photos prise ce jour-là devant un autre portrait de l’inventeur  l’a certainement été dans la partie Hall of Electricity, également au deuxième étage du musée, à l’époque l’une des plus grandes galeries permanentes du musée qui retraçait près de deux siècles d’histoire de l’électricité.

En effet Benjamin Franklin, outre ses activités d’homme politique, est également connu pour ses travaux de recherches scientifiques dans le domaine de l’électricité – il est l’inventeur du paratonnerre – et son nom apparait donc logiquement dans cette exposition.

Autre grand personnage – et non des moindres – mis à l’honneur dans la galerie Hall of Electricity, Thomas Edison

L’exposition Lighting A Revolution, inaugurée le 9 octobre 1979, à l’occasion du centenaire de l’invention de la lampe à incandescence par Thomas Edison revient sur le parcours de l’un des plus brillants scientifiques du 19ème siècle. Toujours en place actuellement, on peut d’ailleurs y voir les deux portraits devant lesquels Michael a posé (Thomas Edison à l’âge de 14 ans et adulte) ainsi que la photo en noir et blanc, en fond, représentant le laboratoire d’Edison à Menlo Park dans le New Jersey, où l’ingénieur prend ses quartiers en 1876 (la photo, avec Edison au centre, date de février 1880). Pas moins de 400 de ses inventions seront développées dans ce laboratoire.

Michael Jackson et Thomas Edison

Michael Jackson avait un intérêt tout particulier pour Thomas Edison. Le scientifique faisait partie des personnages qu’il admirait le plus, au même titre que Charlie Chaplin ou Walt Disney. Et de temps à autre au cours de sa carrière, son nom est cité dans les œuvres de Michael.

Thomas Edison (1847 – 1931) est un scientifique et industriel américain et surtout l’un des plus grands inventeurs américains, avec plus de mille brevets déposés. Il est notamment l’inventeur de l’ampoule électrique incandescente, du phonographe et de la caméra. Il est également le fondateur de la plus grande entreprise d’installations électriques américaines,  connue aujourd’hui sous le nom de General Electric.

En 1988, dans son autobiographie Moonwalk, Michael avait intégré une citation d’Edison  dans les premières pages de son livre, qui reflète sa façon de travailler. Elle l’a beaucoup inspiré car il l’a également fait inscrire sur les murs de son studio privé dans sa maison d’Hayvenhurst (on peut voir le studio et la citation dans cette vidéo où Jaafar Jackson explique l’importance  de ce lieu dans son travail d’interprétation de son oncle dans le biopic Michael, en 2026)

« When I want to discover something, I begin by reading up everything that has been done along that line in the past – that’s what all the books in the library are for. I see what has been accomplished at great labor and expense in the past. I gather the data of many thousands of experiments as a starting point and then I make thousands more. The three essentials to achieve anything worthwhile are, first, hard work ; second, stick-to-it-iveness ; third, common sens. » – Thomas Edison

(« Quand je veux découvrir quelque chose, je commence par lire tout ce qui a été écrit sur ce sujet dans le passé – c’est à cela que servent les livres d’une bibliothèque. Je vois ce qui a été accompli au prix de grands efforts et de grandes recherches. Je réunis les informations, en compilant des milliers de résultats d’expériences, et je m’en sers comme point de départ pour faire moi-même des milliers d’expériences. Les trois points essentiels pour réussir quelque chose de valable, c’est, premièrement, travailler dur, deuxièmement, être obstiné, troisièmement, avoir du bon sens. » – Thomas Edison)

Lorsqu’il s’installe dans son ranch de Neverland, Michael commissionne Nate Giorgio, son peintre personnel (à lire ici) pour réaliser l’œuvre Heroes qui siègera dans sa chambre, au-dessus de son lit. Un tableau « qui réunissait des personnes qui ont marqué l’histoire, qu’il admirait et qui l’ont inspiré pour une conférence privée. » Parmi ses « héros », on y retrouve Thomas Edison (troisième personnage en partant de la gauche, entre John F. Kennedy et Albert Einstein).

En 1995, lorsque sort l’album HIStory, sur la chanson du même nom, parmi les extraits de discours / citations/ audios célèbres que l’on peut entendre, Michael utilise la voix d’Edison à la fin de la chanson (à 6 :12)

Il s’agit d’un extrait de Mary Had a Little Lamb, une comptine américaine, de Sarah Josepha Hale, publiée sous la forme d’un poème en 1830. Cette comptine a été le premier enregistrement audio réalisé par Thomas Edison sur son phonographe nouvellement inventé en 1877. Il s’agissait alors d’un des premiers enregistrements de poésie anglaise. En 1927, Edison a réinterprété cet enregistrement, qui existe toujours et qui est celui utilisé dans le titre HIStory.

Michael prendra souvent le nom d’Edison parmi ses références comme dans cette interview de Brett Ratner en 2003 (à partir de 8 :57) (Il cite aussi the Wright Brothers, pionniers américains de l’aviation, avec leur biplan motorisé que Michael avait pu voir lors de sa visite en 1984 au musée de l’air et de l’espace de Washington DC – à lire ici).

Revenons à la visite de Michael. Au troisième étage du musée, la galerie Hall of Printing and Graphic Arts – souvent appelée simplement Hall of Printing – retraçait l’histoire de l’imprimerie, de la typographie et des communications graphiques aux États-Unis.

En 1984, Michael Jackson et son manager Frank DiLeo posent devant le panneau « The Fat & The Lean, American Wood Type of the 19th Century ».  Cette exposition temporaire – qui s’est tenue du 17 juin 1983 au 31 mars 1986 – traitait des caractères d’imprimerie en bois (wood type), très utilisés aux États-Unis pour les affiches commerciales, les cirques, les spectacles et les campagnes politiques au XIXᵉ siècle.

Egalement au troisième étage, du musée, dans l’aile ouest, se trouvait le Hall of Musical Instruments (aujourd’hui appelé le Music Hall). Le Washington Post indique que Michael a particulièrement aimé cette exposition sur les instruments de musique et c’est certainement à cet endroit qu’a été prise cette photo du chanteur devant ce qui ressemble à un portrait du trompettiste jazzman Louis Armstrong (n’hésitez pas à me corriger si je me trompe !) La trompette du musicien est d’ailleurs exposée au musée.

Une dernière photo de Michael pourrait avoir été prise au moment de cette visite, sur une des terrasses des musées. Les briques du mur sur la gauche de la photo sont les mêmes que celles que l’on voit sur la photo avec le portrait de Benjamin Franklin et cette photo, prise de nuit, correspondrait au moment de la visite du chanteur. Difficile toutefois de savoir à quel endroit du musée.

Michael était également de passage au National Museum of American History en avril 1990, alors qu’il était dans la capitale pour être honoré Entertainer of the Decade par le Capital Children’s Museum et la Maison Blanche (à lire ici). Une très courte visite, de quelques minutes, au milieu des visiteurs qui n’auront pas tardé à le reconnaître, le musée ayant alors été obligé d’évacuer le chanteur. Mais il aura tout de même pu voir la star du musée, le Star-Spangled Banner, le drapeau américain ayant donné son nom à l’hymne national, exposé au deuxième étage du musée, comme c’est le cas aujourd’hui. Une pièce exceptionnelle que j’ai pu admirer en 2015 (mais les photos étaient, et sont toujours, interdites).

« Il a vu le Star-Spangled Banner», a déclaré Susan Foster, une  porte-parole du musée. « C’est à ce moment-là que nos visiteurs l’ont aperçu. Puis ils ne l’ont plus vu… Il a quitté la zone publique. » Lee Solters, porte-parole officiel, a déclaré que le Smithsonian « ressemblait à une salle de concert – des cris et des hurlements… et tous à le photographier ». (2)

Photos: National Museum of American History

Michael ayant marqué l‘histoire de la musique, il était normal qu’une place lui soit aussi dédiée : de 2008 à 2012, le musée a exposé un des ses fedoras, récupéré lors du concert du Victory Tour à Rutherford (New Jersey), le 31 juillet 1984. Le chapeau faisait partie de l’exposition National Treasures of Popular Culture, avec d’autres objets emblématiques de la culture populaire américaine, comme la guitare d’Eddie Van Halen ou le maillot de bain de Farah Fawcett. Sur le site du musée, d’autres objets liés à Michael sont listés (vinyle, photo) mais restent dans les archives et ne sont pas exposés. (Le fedora de Michael Jackson exposé actuellement au National Museum of African American History pourrait être celui qui était exposé entre 2008 et 2012 au National Museum of American History).

The National Museum of American History est un musée immense. En deux heures, ce 18 septembre 1984, Michael Jackson n’en a certainement pas fait le tour. Il vous faudra d’ailleurs un peu plus si vous le visitez. Mais il est très complet et très instructif pour qui s’intéresse à l’histoire des Etats-Unis.

Adresse : The National Museum of American History est situé au 1300 Constitution Avenue NW, à Washington, D.C.  Entrée gratuite.

Sources : (1) Washington Post du 19/09/984 / (2) Washington Post du 06/04/1990 /Wikipedia/ Site du National Museum of American History / Photos de Michael Jackson: Sam Emerson

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