L'Europe

#onmjfootsteps à l’Abbaye de Lubiaz, en Pologne, août 2023

En 1997, alors qu’il est en visite à Varsovie, en Pologne, pour un voyage d’affaires, Michael Jackson visite l’Abbaye de Lubiaz (à lire ici).

Lubiaz (prononcez « Lubiange ») est une petite ville de la région de Basse Silésie, au sud-ouest de la Pologne, à une cinquantaine de kilomètres de Wroclaw, troisième ville du pays, sur la rive orientale du fleuve Oder. Au milieu de la campagne polonaise, cette ville se différencie des autres par son ancienne abbaye cistercienne, considérée comme l’une des plus grandes au monde, un chef-d’œuvre de l’architecture baroque silésienne.

Un peu d’histoire

L’abbaye date de l’époque féodale. Les premiers cisterciens (ordre religieux de moines et de nonnes) arrivent en 1163, grâce au prince Bolesław I le Grand. L’abbaye prospère financièrement et culturellement (des ouvrages importants de l’histoire de la Pologne y sont nés) mais les guerres contre les hussites de Tchécoslovaquie, au 15ème siècle, et de nombreux pillages, voient le déclin du bâtiment.

Ce n’est qu’après la guerre de Trente Ans, au début du 17ème siècle, et surtout avec l’arrivée des Hasburg en Silésie que le complexe retrouve sa splendeur. De nouveaux bâtiments sont construits (le palais des abbés, le monastère, la brasserie, la boulangerie, l’hôpital et bien d’autres bâtiments agricoles), les intérieurs sont décorés.

C’est à cette époque que le peintre allemand Michael Willmann, connu sous le nom de « Rembrandt Silésien », plus grand artiste silésien de sa période, peint les immenses tableaux qui ornent les murs et plafonds des pièces du palais de l’Abbé et de l’église, des œuvres exceptionnelles qui seront, pour certaines, malheureusement pillées par les Russes au cours de la Seconde Guerre Mondiale (ainsi que des meubles et d’autres biens).

La guerre contre la Prusse, au début du 18ème siècle, mettra fin au monastère cistercien, la Prusse protestante étant hostile à l’Ordre Catholique. Les moines sont alors expulsés.

En 1810, par arrêté royal, l’abbaye de Lubiaz est sécularisée. Après six-cent-cinquante ans, l’ordre cistercien de Lubiaz cesse d’exister.

Réquisitionné par les allemands puis par les russes pendant la Seconde Guerre Mondiale, le monastère devient tour à tour, un camp de travail forcé puis un hôpital.

Dès 1962, le Conservateur provincial des monuments de Wrocław tente de sauver l’Abbaye et, en 1989, grâce à la création de la Fondation de Lubiaz, des travaux de rénovation sont entrepris. Une restauration toujours en cours, qui souffre d’un manque d’argent.

Michael Jackson à l’Abbaye de Lubiaz

Michael Jackson fait une visite rapide à Lubiaz le 28 mai 1997. Il est en voyage privé (rien n’est jamais vraiment privé avec Michael Jackson !) à Varsovie pour un projet de parc d’attractions et, à cette époque, le chanteur cherche à s’installer en Europe. Il n’hésite pas à prendre un avion jusqu’à Wroclaw puis un hélicoptère qui l’amène sur le parking de l’abbaye pour visiter cet immense complexe, isolé dans la campagne polonaise (les moines cisterciens avaient également choisi l’endroit car ils aimaient vivre dans des lieux retirés, même si la situation au bord du fleuve en faisait un excellent point pour le commerce), qui est à restaurer.

Bien que splendide et à la hauteur des attentes de la star en matière d’espace et d’emplacement (il y a quand même plus de 300 pièces sur 330 000 mètres carrés !), l’abbaye est en ruine et exigerait des millions de dollars/zlotys de travaux.

« Le bâtiment est impressionnant, énorme, mais il ne convenait pas à ses besoins. Les pièces utilisées par les moines sont nombreuses, il y avait de belles chambres,… mais même avec son imagination, il était difficile de voir cet endroit comme une maison. L’emplacement de la propriété est absolument fabuleux. Nous avions atterri en hélicoptère sur la zone, il était excité et curieux de voir cet endroit mais, vraiment, personne ne pouvait imaginer que c’était un endroit pour y vivre », explique l’un des officiels polonais qui accompagnait Michael Jackson à l’époque.

C’est Michael lui-même qui avait demandé à visiter l’endroit. Au cours de son trajet en avion jusqu’à Wroclaw, il parcourt un livre de 1996, Sala Książęca opactwa cysterskiego w Lubiążu, de Konstanty Kalinowski, d’une cinquantaine de pages sur la salle ducale de l’abbaye (Duke’s Hall, voir ci-après), une superbe salle qu’il doit visiter.

Durant une trentaine de minutes, Michael se verra offrir un tour (presque) privé et découvrira des salles que j’ai pu visiter à mon tour, vingt-six ans plus tard.

Onmjfootsteps à Lubiaz

Après avoir découvert Varsovie, en novembre 2021 (voir ici), je profite des vacances d’été pour me rendre à nouveau en Pologne, un pays qui m’avait laissé une très bonne impression. J’avais envie de découvrir Cracovie mais un arrêt à  Wroclaw allait me permettre de visiter cette abbaye.

Wroclaw est à à peine deux heures de vol de Paris. J’atterris à l’aéroport Nicolas Copernic, là même où Michael Jackson avait atterri en 1997.

Je ne reste que peu de temps à Wroclaw, l’objectif étant de visiter cette abbaye.

Le lendemain de mon arrivée, Adam, qui sera mon guide anglais pour la journée, vient me chercher à l’hôtel. Il faut environ une heure pour arriver jusqu’à Lubiaz en voiture. Peu après l’entrée de la petite ville, au détour d’un virage, l’abbaye apparaît, imposante et je ne peux m’empêcher de lâcher un ‘wow’.

Le temps n’est pas avec moi, il pleut depuis mon arrivée à Wroclaw et cela ne s’arrêtera pas avant que je rejoigne Cracovie. Cela n’enlève cependant rien à la majesté du lieu, le rendant même un peu mystique.

Est-ce la météo, le fait que nous soyons un dimanche ou que l’abbaye soit dans un lieu retiré, il ne semble pas y avoir beaucoup de visiteurs. Il n’y a que deux autres voitures sur le parking. Adam m’indique toutefois que c’est bon signe, qu’on ne sera pas nombreux pour la visite. En effet, nous ne serons qu’une dizaine de personnes.

Sur le parking, je repère immédiatement l’espace où l’hélicoptère de Michael Jackson avait atterri. Je le constaterai par la suite, il n’y a pas réellement d’autre endroit où il pouvait se poser.

Nous marchons jusqu’à l’entrée de l’abbaye, ce qui me permet de constater la taille impressionnante des murs et notamment de son immense façade de 223 mètres avec un nombre incalculable de fenêtres.

Une voiture avait déposé Michael devant l’entrée, depuis l’hélicoptère, où les fans et les photographes l’attendaient. 

Le guide polonais qui doit nous faire la visite n’est pas encore arrivé, ce qui me laisse le temps de repérer les lieux, dans l’entrée notamment, où Michael est passé, et de prendre des photos. On a l’impression que rien n’a changé. Cette abbaye est comme figée dans le temps depuis des décennies.

La visite se répartie sur trois parties du complexe : le Palais de l’Abbé, l’église et le monastère.

La salle à manger de l’Abbé (Abbot’s Dining Hall)

Cette première immense salle (ce mot va revenir à plusieurs reprises, j’en suis désolée, mais c’est vraiment celui qui caractérise le plus les lieux, tout est immense !), aux murs et plafond blancs, est au rez-de-chaussée, près de la billeterie, dans l’aile ouest du Palais de l’Abbé.

La voûte du plafond est ornée de la magnifique œuvre de Michael Willmann, sa plus grande fresque, Le Triomphe du Héros des Vertus, qu’il a peinte à la fin du 17ème siècle, lorsqu’il s’est installé à Lubiaz. Autour de la fresque, se trouvent des œuvres plus petites, des emblèmes, dont les scènes et les tons rappellent le thème principal du tableau, un jeune homme abandonnant les tentations terrestres (le plaisir, la vanité), conduit au ciel par Minerve, déesse de la sagesse et de l’intelligence et accueilli par Hercule, qui personnifie la force et le courage.

Aucune photo de Michael dans cette pièce n’existe mais il semble qu’il l’ait bien vue.

La salle du Prince (Duke’s Hall)

La visite se poursuit au premier étage du Palais de l’Abbé (dans la vidéo ci-dessus, on aperçoit Michael monter les escaliers qui mènent à cette pièce) avec l’une des plus belles salles – pour ne pas dire la plus belle salle – de l’abbaye. La porte d’entrée annonce la couleur : deux énormes personnages, un Indien et un Noir, rappelant la mode exotique du 18ème siècle, gardent la grande porte dont la hauteur fait penser à l’entrée dans une salle royale.

L’immense salle, au sol en damier, dans laquelle nous pénétrons est magnifique. Nous ne sommes pas dans un château mais cela y ressemble. Je reconnais immédiatement l’endroit, pour avoir vu plusieurs photos de Michael dans cette salle. La star avait été impressionnée par sa hauteur. L’histoire dit qu’il aurait lancé son légendaire « hee hee » pour en tester l’acoustique (il me semble que c’est ce qu’on entend à la fin de la vidéo ci-dessus).

Il faut dire que les dimensions de cette salle sont assez impressionnantes : une surface de 400 mètres carrés avec une hauteur de quasiment 14 mètres. On s’y sent tout petit !

Le décor baroque date de la première moitié du 18ème siècle. De nombreuses et très belles sculptures renvoient à l’époque des Hasbourg, qui régnaient alors. Parmi elles, je retrouve la statue au pied de laquelle Michael avait été photographié, face à l’entrée. Une statue imposante de l’empereur Charles VI de Hasbourg.

D’autres statues de figures mythologiques sont aussi présentes. A gauche de l’entrée, on remarque notamment, une superbe statue du dieu Atlas, portant le globe terrestre sur ses épaules, symbolisant le poids de la monarchie, statue que l’on aperçoit sur les photos de la visite de Michael.

Le plafond est une immense toile à l’huile, de plus de 300 mètres carrés, de l’artiste Christian Bentum, un chef d’œuvre de l’art symbolique, combinant le thème de la glorification de la dynastie régnante et celle de la foi catholique.

La salle a été rénovée entre 1992 et 1995 mais elle était très bien conservée. On estime que son décor est à 80 % d’origine. Elle est aujourd’hui utilisée principalement pour des concerts en raison de son incroyable acoustique naturelle.

C’est probablement la salle où il y a le plus de photos de Michael Jackson et il est très facile de retrouver l’endroit exact où elles ont été prises, rien n’ayant changé.

L’église de la Bienheureuse Vierge Marie (Blessed Virgin Mary’s Church)

Un passage dans une cour nous fait rejoindre l’église gothique qui date du 13ème siècle, la plus ancienne partie du complexe. On a l’impression qu’elle est en construction mais elle est surtout dans son aspect le plus brut. Il ne reste plus que les murs. Le guide polonais nous explique que les allemands ont retiré une grande partie de du mobilier qui était dans l’église (qu’on peut retrouver dans des églises de Varsovie) puis, en 1943, les russes ont détruit et pillé ce qui restait.

Des copies des œuvres que Michael Willmann (l’artiste repose dans la crypte de l’église) avait réalisées pour l’église ornent les murs, les originaux ayant été dispersés dans une trentaine d’église et musées polonais.

A ma connaissance, il n’existe aucune photo de Michael Jackson en  visite  dans cette église.

Le réfectoire d’été (Summer Refectory)

Après avoir traversé les couloirs du monastère, où nous voyons quelques salles non restaurées, laissées à l’abandon après le passage des russes, nous arrivons dans cette très grande salle (270 mètres carrés), qui sera la dernière de la visite, où les moines se réunissaient pour les repas. Difficile d’imaginer un réfectoire ici (le nom de ‘réfectoire d’été’ vient du fait que la salle est orientée vers le sud et grâce à une excellente isolation, il y fait bon tout au long de l’année), on se croirait davantage dans une salle de réception, avec ses hautes fenêtres qui laissent entrer toute la lumière.

Les moines y lisaient les écritures avant le repas. La forme ovale du plafond – ornée d’une superbe fresque,  peinte en 1733 par Felix Anton Scheffler – permet d’avoir un écho impressionnant. Un simple murmure pouvait (et peut toujours) être entendu de tous. Un aspect que Michael Jackson aura sans doute aimé !

Au cours de la visite du King of Pop, la restauration de cette pièce n’était pas encore terminée, en témoigne le sol brut sur les photos (Michael a été pris au fond de la salle mais le public n’y a pas accès).

Cette salle, tout comme la Salle du Prince, permet d’imaginer le faste de l’ensemble monastique lors de ses plus belles années.

La visite ne permet de voir qu’une infime partie de l’ancien complexe cistercien. La restauration suit son court et la prochaine salle à être ouverte au public devrait être la bibliothèque. 

Cette Abbaye Cistercienne de Lubiaz est un lieu rempli d’Histoire, et est bien sûr liée à l’Histoire de la Pologne. Mais je vais être franche, si Michael Jackson n’y était pas venu, je pense que je ne l’aurai probablement jamais visitée. Et pourtant, elle mérite le détour. Voyager #onmjfootsteps c’est aussi découvrir ce genre d’endroits de charme.

Quelques secondes de discussion avec le guide à qui j’explique la raison de mon déplacement ici m’apprendront qu’il était déjà là le jour de la venue de Michael, qu’il a participé à la visite avec lui. Il lui avait d’ailleurs demandé un autographe pour son fils. Je n’en saurai pas plus, le groupe de touristes suivant l’attend, mais il me remettra cependant une version anglaise du tour que nous venons de faire pour m’aider à écrire cet article, ravi de savoir que l’abbaye allait être évoquée à l’étranger.

Infos pratiques: se rendre à Lubiaz et visiter l’abbaye

Adresse
Opactwo w Lubiążu (nom de l’abbaye en polonais)
plac Klasztorny 1,
56-100 Lubiąż, Poland

Le seul moyen pour se rendre à Lubiaz c’est la voiture. L’abbaye est en pleine campagne, la gare la plus proche est à huit kilomètres et il n’y a pas de bus qui font la liaison jusqu’à l’abbaye.

Pour ma part, j’avais réservé un tour, avec un guide qui avait sa voiture, via le site civitatis. Le tour comprend aussi la visite d’une église et d’un musée mais c’est le seul que j’ai trouvé. De Wroclaw, il est bien entendu possible de louer une voiture à la journée.

L’abbaye est ouverte tous les jours. Les billets s’achètent sur place, en espèces (par de carte bleue) le jour de la visite au prix de 25 zlotys (soit environ 5,60 €, taux de conversion d’août 2023). Une somme de 5 zlotys est aussi demandée pour prendre des photos (environ 1,15 euros). Comptez donc 30 zl l’entrée. Si vous réservez avec un tour, le tarif est compris dedans.

Vous ne pouvez pas visiter l’abbaye par vous-même. Il n’y a que des tours guidés, uniquement en polonais, la raison pour laquelle j’ai aussi pris un guide personnel, qui parlait anglais et qui me traduisait donc ce que disait le guide polonais. Mais vous avez la pleine liberté de vous promener dans le parc de l’abbaye tout de même, ce que j’ai regretté de n’avoir pu faire (à cause de la météo et des délais à tenir avec le guide).

Il y a un tour guidé par heure, qui commence à l’heure pile (10h, 11h, 12h, …)  de 10h à 17h (dernière entrée à 16h), en pleine saison (horaires différents en hiver), et dure environ 45 minutes. Si vous arrivez avant/après l’heure du départ du tour, vous pourrez vous promener dans le parc ou voir l’exposition qui se trouve dans un des couloirs (face à la caisse).

Toutes les infos sont à retrouver sur le site de la Fondation Lubiaz qui gère l’abbaye et les visites (c’est bien sûr en polonais, pensez à activer google traduction!)

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